mardi 27 avril 2010

Là où est né l'hiver

 Étang de la Mer Rouge (France, Indre, janvier 2008) (c) p.o.v.

Début 2008 au bord des étangs, nombreux en la région, les balades solitaires ressemblaient à la découverte du pays où était né l'hiver. Les arbres déshabillés par l'absence de soleil avaient entamé cette mutation étrange qui transforme les branches en longs bras squelettiques. A leurs extrémités apparaissaient des mains de bois, décharnées, tordues par des douleurs inconnues, poignées de doigts sans ongles. Cet hiver couvrait la nature d'un dépouillement indécent, faisant tomber les masques des lieux. Aidé par un automne qui avait fait tomber les feuilles et rougir le sang, il s'abattait avec détermination sur la campagne. Les étangs étaient mis à nu dans le grand rien des eaux qu'ils enserraient, sans plus aucun repère vert qui filtrait la lumière propre à leur renaissance. Contraints au silence, ils tendaient un voile d'eau désespérément calme qui semblait détenir le pouvoir d'absorber tous les bruits et de taire l'excentricité des pensées. Sans doute pour toutes ces raisons, se promener en de tels lieux renvoyaient à une quête de se dépouiller soi-même. C'était autoriser la saison à prodiguer sa magie noire pour extraire en nous tout ce que l'on croyait vouloir garder.

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