dimanche 21 novembre 2010

Les films qui m'ont marqué - I - "Avalon"

Si l'on me connaît un peu personnellement, on sait que je ne suis pas un grand cinéphile dans le sens où je n'ai pas grande culture globale du septième art ; je ne vais pas souvent au cinéma, je n'ai pas une grande collection de DVD, je ne passe pas mes soirées à m'enfiler 2 ou 3 films d'affilée. Cependant, il m'arrive parfois quand-même de me payer une toile et j'ai deux ou trois connaissances sur le sujet même si, donc, je reconnais avoir exploré que peu de choses. Ceci étant dit, je me propose ici de partager mon expérience des quelques films qui m'ont marqué pour une raison ou une autre, et, comme en musique, vous verrez que j'ai des choix exotiques parfois. Je dois reconnaître que je suis assez friand de cinéma asiatique, certainement parce que je dois être une sorte de bobo branchouille, ou peut-être plus simplement parce que c'est un type de cinéma qui dans le fond et la forme diffère vraiment de ce que l'on peut nous proposer habituellement. Le but ici, à la différence de mes chroniques à deux balles sur mes albums musicaux préférés ou mes lectures, n'étant pas de faire une critique de fond et véritable sur le film mais de livrer des sentiments simples sur le ressenti que j'ai eu par rapport à eux.

On commence donc par "Avalon" de Mamoru Oshii



"Avalon" est une retranscription (très) personnelle du réalisateur de la légende arthurienne, je renvoie à Wikipedia pour l'explication de ce qu'est à proprement parler Avalon pour ladite légende. Je dirai juste que c'est l'île ou le Roi Arthur a été convoyé après sa dernière bataille. Le film a beaucoup de similitudes avec le film d'animation culte japonais, du même auteur, qui s'appelle "Ghost in the shell".
J'ai été voir ce film je ne sais plus trop quand, il y a déjà pas mal d'années, dans la salle de cinéma d'arts et essais de ma bonne vieille ville de Poitiers à une époque où j'étais curieux de tout et que cette curiosité pouvait être étanchée grâce, donc, à tout un tas de lieux propices dans la cité pictave.
 Bande-annonce

- Première caractéristique du film : c'est un film japonais tourné en Pologne, dialogué en polonais et joué par des acteurs polonais. Vous ne verrez aucun visage bridé et encore moins de caractères nippons à l'image. C'est assez drôle au final puisque je l'ai vu en V.O.S.T. la première fois et que je ne suis pas habitué à entendre du polonais bien qu'ayant du sang polonais dans les veines. Le film a ensuite été doublé en français, ce qui n'est pas un mal pour suivre correctement l'histoire.

- Deuxième caractéristique : c'est un film de science-fiction mais pas banal... dans le sens où l'on a affaire avec ce que j'appèlerai un film de science-fiction d'auteur. Je dis cela parce que si l'esthétique est formellement typique du genre science-fiction (effets spéciaux, vaisseaux spatiaux, inventions technologiques...), le scénario et son extrême complexité n'ont rien à voir avec les canons habituels du genre. En effet, là où l'on s'attend à un déferlement d'images avec des effets, des explosions, des lasers ou autres bestioles 3D à tous les plans, on se rend compte que tout ça n'est qu'un décor pour servir l'intrigue.
Les 6 premières minutes du film avec le morceau "Log in" en fond sonore.

- Troisième caractéristique : le parti-pris esthétique. Il est très marqué. Un coup de maître selon moi qui rappelle parfois beaucoup la patte de Jeunet/Caro sur des films comme "Delicatessen". Le film (sauf pour quelques scènes à la fin) est habillé d'un sépia élégant et la gestion de la lumière est tout bonnement extraordinaire si bien que sur les 3/4 des plans on n'a l'impression d'avoir une véritable photo. Le soin apporté par Mamoru Oshii pour cadrer est juste phénoménal.
Exemple d'une scène typique du film, pas de dialogue, des images superbes.

- Quatrième caractéristique : la bande-son qui est ébouriffante. Kenji Kawaii a composé de véritables pièces, de petits chefs-d'œuvre, pour accompagner les images. Le côté orchestral et une certaine grandiloquence de chaque morceau participe au spectacle, prend véritablement aux tripes. Le film n'aurait absolument pas le même intérêt sans sa musique, véritablement.
L'extraordinaire morceau "Voyage to Avalon" interprété par une cantatrice polonaise

- Cinquième caractéristique : le scénario et son extrême complexité. Oui, les amateurs de science-fiction pur jus peuvent être déçus. S'il y a, comme je l'ai expliqué un peu avant, des effets spectaculaires voire même des trouvailles (explosions qui se figent et se "cassent" comme du verre) il faut savoir qu'on les trouve surtout au tout début du film et ensuite beaucoup plus sporadiquement. Le scénario, pour résumer, renvoie davantage à des concepts comme la solitude, le dédoublement de personnalité, la frontière parfois fine entre fiction et réalité (qui s'entrechoquent durement à la fin). "Avalon" est davantage une fresque philosophique qu'une histoire de guerre et d'explosions. C'est l'histoire d'une femme qui s'ennuie dans la vie et dans sa ville triste, complètement "mangée" par sa vie virtuelle où elle est une combattante redoutable et redoutée. D'où le contraste parfois déroutant entre les scènes tonitruantes, "à fond la caisse", et d'autres d'une lenteur, pesanteur, extrême. Mais c'est justement pour marquer ce contraste réalité dure / fiction excitante et dangereuse dans lequel se perd la protagoniste.

- Sixième caractéristique : elle découle de toutes les autres ; c'est qu'au final on ne sait pas trop quoi penser de ce que l'on regarde. Les plus hostiles verront en "Avalon" un film d'un ennui terrible, où il ne se passe rien dans un mic mac "scénaristique" décousu ; d'autres sauront apprécier le film pour l'objet qu'il est, une œuvre esthétique, un bonbon visuel et sonore.
***
Pour ma part, j'ai dû le revoir 3 fois pour comprendre l'histoire de A à Z mais j'ai toujours été frappé par son extrême beauté. Il fait partie des films les plus "beaux" que j'ai vus. De fait, je le conseille pour ces raisons-là, pour ceux qui aiment les belles images.

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