vendredi 7 mai 2010

Dans la mer... on distinguait un corps

    On distinguait un corps. Peu à peu, le son intime de la mer changeait d'aspect. Les collines de vagues sous-marines se berçaient plus lentement, tout ce ciel d'eau s'ennuageait d'échos inquiétants. A mesure qu'une ombre sans vie vrillait vers les fonds dans un ralenti infini, la rumeur intérieure des eaux se métamorphosait. Ce n'étaient plus ces habituels va-et-vient vibrants qui huilent la mécanique subtile de la mer. Ils devenaient succession de tentatives avortées de mouvement. La chute freinée mais inexorable du corps inoculait un poison à l'eau salée. Le bleu du haut qui pigmente la peau de la mer s'alourdissait de tons nouveaux et plus sombres. Une tiédeur maléfique, dans un voyage du chaud vers le froid, teintait son tempérament désormais troublé. L'intrus stagnait au milieu de tout cela, aimanté par les nuits abyssales et sablonneuses dont il serait fatalement l'hôte. Le peuple de l'eau s'effaçait à son passage, taisait sa présence, frayait tous azimuts. En elle la mer sentait papillonner une colonie de maléfices que ce corps perdu laissait irradier. Une onde à travers les ondes, l'angoisse ravageait les rochers vaincus qui s'effritaient, les coraux usés qui s'anémiaient. L'envahisseur malsain devenait tout, pervertissait tout et rien ne semblait pouvoir le vaincre ni l'expulser. Il n'était que passager à l'intérieur d'un monde qui ne voulait pas de lui ; il poursuivait son étrange périple en s'étendant malgré lui, lançant des bras imaginaires qui étranglaient ce qui brillait encore alentour. La mer vaincue ne savait pas saigner ni ne parvenait à froisser son étendue, pour se retrouver et renaître, grâce au vent matinal. La révoltante présence en elle de ce corps inconnu était le symbolique spectacle de sa propre descente aux enfers. Ce qui ressemblait à du silence recouvrait les ultimes murmures, les dernières onomatopées marines. Seul le râle ombré d'un deuil anonyme s'échappait péniblement des traits d'eau que traçait le condamné dans sa chute. Un son mat et un tremblement imperceptible de particules minérales indiquaient que c'était la fin. C'était la fin et peu à peu le son intime de la mer allait changer d'aspect. On ne distinguait plus de corps.

    Là-haut pour tous il avait disparu à jamais. En bas pour tous il était apparu pour toujours.

De nouveau un petit projet qui associe texte et musique persos.

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