jeudi 6 mai 2010

"Mal de pierres" de Milena Agus

Milena Agus, née en 1959 à Gênes, est un écrivain italien. Elle est également enseignante en histoire et italien dans un établissement de Cagliari. Mal de pierres (Mal di pietre) est son second roman et va connaître un franc succès d'édition notamment en France où elle le vendra autour des 100 000 exemplaires.

J'ai lu ce livre à la suite de La solitude des nombres premiers de Paolo Giordano, ce qui me fait 2 romans italiens contemporains de rang, moi qui ne connaissais absolument rien de cette littérature. Je pourrai désormais citer au moins deux noms et être capable de tenir une conversation sur le sujet bien qu'ayant conscience de m'être attaqué à 2 best-sellers. Mal de pierres est un roman court dont l'histoire tient lieu principalement en Sardaigne, pendant et après la Seconde Guerre Mondiale, cette île un peu spéciale d'Italie. La narratrice nous raconte la vie de sa grand-mère qu'elle a adorée. Cette dernière était atteint du "mal des pierres" (de calculs rénaux), ce qui expliquerait que pendant longtemps elle a enchainé les fausses-couches. Au fil des pages on ne peut que s'attacher à cette femme dont la vie est aussi douloureuse que les coliques dont elle souffre : soupçonnée de folie par ses parents parce qu'elle écrivait des poèmes d'amour, mariée de force à un homme qui ne l'aimait pas plus que ça bien qu'essayant d'être un bon époux entre deux déviances sexuelles. Cette femme, mélancolique, s'estime punie de Dieu, toujours en quête d'un amour absolu qu'elle pensera ne jamais rencontrer... jusqu'au jour où elle rencontre ce Rescapé de la guerre avec sa jambe en bois lors d'une cure pour soigner son mal de pierres, au point de tout vouloir abandonner et de se laisser aller au bonheur... peut-être.
J'ai lu assez vite ce petit roman. A la différence de Paolo Giordano et son bon La solitude des nombres premiers, j'ai trouvé le style sobre, aéré, vif ; j'ai aimé la façon dont la narratrice laisse s'emballer sa pensée, dans de longues phrases qui font rebondir les mots plus qu'elles nous assomment. Le roman est construit sur ce que la narratrice connaissait de sa grand-mère, sur les confidences qu'on lui avait fait à son sujet, de souvenirs "par procuration" (ben oui, comment raconter la jeunesse de sa grand-mère sinon ?). Dans ce long flashback descriptif de toute une vie on sent poindre à la fois beaucoup de tendresse et de gravité sur le destin de cette femme courageuse aux longs cheveux noirs. On sent poindre aussi, et beaucoup, une vraie nostalgie... pas celle des cartes postales, bien que l'on se sente à l'aise immergé dans cette Sardaigne qu'on imagine magnifique, non, une nostalgie qui repose sur la compréhension a posteriori, frustrante, des siens et de leurs secrets. Là où la compréhension de la vie passée de ceux qui ont entouré la narratrice explique tout : le passé (forcément), le présent (à coup sûr), le futur (probablement). De fait, Milena Agus, pour épaissir intelligemment la "pâte" de son histoire a brillamment donné tout son espace aux personnages secondaires qui ne font pas que graviter autour de la grand-mère mais interagissent sans cesse, véritablement, infléchissant les destins. Au final nous avons un roman poignant, nostalgique et léger qui prend une autre dimension sur sa fin. En effet, le dénouement est surprenant et vaut vraiment la peine qu'on termine le livre, comme une récompense. Enfin on peut s'interroger légitimement sur l'origine même du projet de Milena Agus lorsque l'on sait qu'elle était elle-même très proche de sa grand-mère (comme la narratrice) et qu'elle vit aujourd'hui dans sa maison. Je pense également, à partir d'un des thèmes développés dans le roman, que cette histoire renvoie beaucoup au processus même de l'écriture, de la "folie" nécessaire pour accoucher de belles histoires.

Ce n'est pas le roman du siècle, ni même de la décennie mais une réussite.

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